23 juillet 2011
Perruques : Ma tête, tu l'aimes ou tu la quittes !
Perruques : Ma tête, tu l'aimes ou tu la quittes !
Propos recueillis par Palamède Grondin
Dans le cadre de nos dossiers mensuels « cohabitation et capilliculture : la richesse de la différence », nous vous proposons aujourd'hui un article spécial consacré aux rapports parfois difficiles qui se nouent par la force des choses entre un crâne et la perruque qui le recouvre.
Nous avons donc choisi deux perruques, que nous appellerons Camilla et Jean-Patrick1, pour nous parler de leur vécu, de leur ressenti mais aussi de leurs rêves...
Palamède Grondin : Bonjour Camilla, bonjour Jean-Patrick. Commençons si vous le voulez bien. Comment vous est venue cette vocation ? Et avant cela, s'agit-il d'une vocation ?
Camilla : Bonjour Palamède. Eh bien oui, en ce qui me concerne, j'ai envie de dire que pour moi, être une perruque, c'est avant tout une vocation. Notez que je suis une perruque en cheveux naturels, et que cette envie de faire partie un jour d'une perruque totale me tient depuis que je suis touffe petite. J'ai toujours aimé être celle qui rend belle, ce petit plus qui fait qu'on vous regarde dans la rue... (rires)
Jean-Patrick : Bonjour. Ben moi, non, en fait. C'était pas trop prévu, que je sois perruque. Avant, j'étais dans le bâtiment. Enfin, j'étais... Le crâne qui me portait appartenait à un grand type, du genre de ceux qui dirigent et ont des responsabilités. J'étais bien, moi, à l'abri sous un casque de chantier. Et puis un jour, le gars, ben il m'a coupé, presque à ras, pour renouveler son style, qu'il disait. Son coiffeur lui a demandé, il a dit oui. Je me suis retrouvé parmi plein d'autres collègues, on était tous un peu paumés... mais bon, maintenant, je ne le regrette pas, c'est plutôt sympa comme boulot.
P. G. : Comment avez-vous vécu vos premiers pas en tant que perruque ? Y a-t-il eu une période d'adaptation ? Qu'est-ce qui a le plus changé dans votre vie de tous les jours ?
C. : Pour moi, ça a été un peu comme la consécration de toute une vie d'attente, j'en rêvais depuis si longtemps. Cela dit, ça n'a pas été facile de m'y habituer, au début. C'est vrai que de passer la nuit ailleurs que sur une tête, ça fait un peu bizarre, vous ne trouvez pas ? (rires) Non, vous ne pouvez pas comprendre. Enfin, passés les premiers moments d'étonnement, il faut dire quand même que c'est assez agréable. On est l'objet d'attentions particulières, on se sent précieux et unique, c'est très valorisant.
J.-P. : Cela a été très difficile, pour moi. Je me suis senti complètement rejeté, doublement, même. Ben oui, mon ancien patron s'est séparé de moi sans ménagements, et mon nouvel employeur... on peut pas dire qu'il était ravi de m'avoir. Parce qu'il n'avait pas eu le choix. Ça a été très dur pour lui de m'accepter. Maintenant, ça va mieux, d'autant que je sais me faire très discret. Et puis quand on est malade, tout est plus difficile, on peut pas toujours lutter contre tout. Là, ça va mieux. Peut-être qu'il va me mettre en repos ou au chômage technique d'ici peu, d'ailleurs.
P. G. : Et les moments difficiles, comment réussissez-vous à négocier... je ne sais pas, quelques jours de vacances ? Avez-vous parfois envie... d'autre chose ?
C. : Oui, c'est vrai, on ne peut pas le nier, c'est assez répétitif, comme travail. Le matin, brossage intensif, sculpture corporelle au gel, application, fixation, coiffage final... C'est vrai, parfois, c'est un sacerdoce. Il en faut de la patience, de la rigueur, c'est presque un abandon de soi, il faut faire confiance et se laisser porter (rires). Sans compter que parfois, on n'y arrive pas, alors la patronne s'énerve comme si c'était de notre faute. Comme nous sommes plusieurs sur le poste, je suis parfois contente d'être un peu laissée tranquille de temps en temps, ça me délasse et je peux ensuite reprendre le travail du bon pied. Enfin... de bon poil ! (rires)
J.-P. : Ben c'est sûr que pour moi, c'est pas très rock'n roll, ce job. À choisir, j'aurais préféré être carrément ailleurs, mais bon, c'est la vie. Pour les vacances, j'en ai pas eu depuis des mois... ah non, si, une fois, il a voulu essayer sans moi, pour voir. Ben ça n'a pas été chouette, je vous le dis. Comment il est revenu me chercher, le gars ! Bon, d'un autre côté, moi, si je suis pas avec lui, ben, je m'ennuie pas mal. Il y a rien d'autre à faire chez lui, j'ai pas de collègues pour discuter le coup, pas d'amis, bref... j'aime autant être employé. Surtout que comme j'ai dit, ça va mieux, alors après, mon avenir est incertain, je sais pas s'il va me garder ou me mettre au placard.
P. G. :On sent chez tous les deux une vraie volonté de bien faire. Dites-moi, et si un jour, tout cela devait s'arrêter ?
C. : Oh, non, je ne crois pas que cela arrive un jour. Ma patronne est bien trop contente de moi ! Mais je ne suis pas sa seule employée, vous savez. Et puis, elle est très célèbre... Vous voyez de qui il s'agit, non ? Bref, je ne me fais pas de soucis. Tout va bien pour elle, et donc pour moi. (rires). Et puis je suis bien sûre que si cela devait se terminer, je serais mise aux enchères et vénérée par mon acheteur comme une sainte relique. Ce qui me conviendrait tout à fait, je suis un peu superficielle vous savez.
J.-P. : Moi, j'avoue que je suis un peu inquiet. C'est le fait de pas savoir, qui est dur. Vous comprenez, moi, je sais rien faire d'autre, j'ai pas de diplôme, je me suis formé sur le tas – façon de parler, bien sûr. Alors si tout devait s'arrêter, ben je serais bien embêté. Mais je garde espoir, après tout, je pourrai peut-être retrouver un job équivalent, avec plus ou moins les mêmes garanties. Mais rien n'est moins sûr, de nos jours, vous savez, il ne faut jurer de rien. C'est déjà bien d'avoir tenu jusque là, après, ben... je peux qu'espérer. Mais c'est pas ça qui me fera vivre. J'ai pas encore assez de points retraite, et d'ici là, ils vont encore voter des trucs pour me rallonger mes trimestres, et je ne sais quoi, encore. On verra, de toutes façons, on ne peut pas prédire l'avenir, pas vrai ?
P. G. : En effet, Jean-Patrick, en effet. Merci à tous les deux, et bonne chance pour la suite.
À lire :
« Cheveux, poils et cils : L'art de pousser sans se faire remarquer. » P. Ruque, Éditions Laque.
« Le gang bang des Postiches » D. Mêlant, Éditions Pilos.
***
06 juin 2011
Tu m'aimes, dis ?
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime
Une histoire d'amour
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime...
Tu m'aimes, dis ?
Ouii, je t'aime...
Tu m'aimes, dis ?
Ouiii, je t'aime...
Tu m'aimes, dis ?
Ouiiii, je t'aimeuh !
Tu m'aimes, dis ?
Mais oui, je t'aime...
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, oui...
Tu m'aimes, dis ?
Oui, oui, oui, je t'aime.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, tu le sais.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, JE... T'AIME.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, ça va maintenant.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, je viens de te le dire, là...
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, mais maintenant, ça suffit !
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime, je t'aime, je t'aime ! Ça va, comme ça ?
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime...c'est comment ton prénom ?
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime... et ta mère, elle s'en va quand?
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime... tu me passes le sel ?
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime... pourtant je te trompe.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime. Mais je te quitte.
Tu m'aimes, dis ?
Oui, je t'aime... mais toi, dis... tu m'aimes ?
Wanda Lette
Et si...?
Et si Gargamel était...
« J'ai bien connu Gargamel du temps de sa jeunesse, a déclaré un jour Kévin Michelet-Pineau. C'était au moment de son entrée dans la Confrérie Inter-ethnique d'Alchimie (C.I.A.) d'Ingolstadt. Il était encore ce jeune homme doux et curieux qui avait un rêve, celui de fabriquer la pierre philosophale. »
...un génie incompris ?
On connaît peu la jeunesse de celui qui deviendra le fléau de la-Forêt-du-Pays-des-Schtroumpfs. Et pourtant, ces années de découverte et d'expérimentations scelleront son destin.
Gargamel commence son apprentissage de l'Alchimie par un périple initiatique dans le désert de Moroldavie. Lorsqu'il se perd au 56ème jour, il décide, pensant sa mort proche, d'essayer sur lui-même une nouvelle drogue tirée de l'ergot du seigle. Sa constitution déjà fragile est secouée par l'hallucinogène, il reste bloqué en transe et erre des jours entiers entre délire et paranoïa, peur et constipation, idées suicidaires et hoquet incoercible. Récupéré par une équipe de secours envoyée à sa recherche, il se rétablit après plusieurs mois de traitement aux sels d'alumine et aux laxatifs.
Il essaye le LSD et reste trois semaines en bad trip...
De retour à la C.I.A., son comportement change, il inquiète ses camarades par ses monologues permanents, son agitation incessante ainsi que de fréquentes flatulences.
C'est à cette époque qu'il commence la rédaction de ses « Carnets » (voir ci-dessous) qui racontent ses visions dans le désert, des petits êtres bleus qui lui parlent, chantent, et sifflent, et le rendent fou. Il jure alors, au travers de ces pages : « Je me vengerai, et ma vengeance sera terrible ! »
Enfin diplômé en Alchimie, Gargamel s'installe dans son manoir sylvestre. Ses recherches commencent, la pierre philosophale occupe ses pensées, il se livre corps et âme à son grand-oeuvre. Cependant, son expérience moroldave a laissé des traces. Proche de réussir, ses hallucinations le hantent de nouveau, il s'enfuit de son laboratoire, en proie à une angoisse intense, et arrive par hasard le long d'un chemin fréquenté par les Schtroumpfs. Et là, c'est le choc. La révélation. Gargamel comprend, il sait. L'ingrédient ultime, le composant secret, l'élément mystérieux qui lui manque... c'est ce qu'il a sous les yeux. Dès lors, il va s'ingénier à capturer l'un de ces petits êtres bleus, l'un de ceux-là même qu'il a entraperçus au cours de son mauvais trip. Il va tout mettre en œuvre pour réussir, pièges, ruses, mensonges... jusqu'à créer la Schtroumpfette.
Et un jour, la révélation !
C'est là que son génie donne la pleine mesure de son étendue. Il fabrique de toutes pièces une créature à l'image des Schtroumpfs, lui donne vie tel Frankenstein au fin fond de sa demeure isolée. Dans le but de semer la zizanie parmi ces êtres asexués et de détourner du village quelques spécimens, il livre sa créature à la concupiscence des Schtroumpfs.
Mais là encore, c'est l'échec. Gargamel a mis au service de sa quête ses ultimes ressources, mais ses plans, déjoués par la simplicité et la naïveté de ses proies, aboutissent infailliblement à son humiliation la plus complète. Gargamel ridiculisé, Gargamel raillé, mais Gargamel créateur, opiniâtre et novateur... en bref, un génie incompris.
Wanda Lysée
Extrait des " Carnets " de Gargamel
Solidaire est la nuit
Solitaire je suis
Que de barrière je pose
Afin que personne n'ose
***
Ils ont parlé dans mon sommeil
Ils cherchent la Salsepareille
Bleus comme les cieux
Bleus comme les Dieux
***
La, la, la, la, la
La, la, la, la, la
La, la, la, la, la
La, la, la, la, la
La, la, la, la, lalère*
* ce dernier vers reste énigmatique
11 octobre 2008
La photographie, désolé Wanda, est carcérale...
Cet article est une sorte de « réponse » faite à Mike, qui dans un article a écrit, je cite : « La photographie, désolé Wanda, est carcérale... Elle emprisonne une image et ne permet pas à cette image d'évoluer, de se mouvoir. » Lignes de fuites, p. 4, http://rezvanifan.skyblog.com.
Bon, alors voilà, après plusieurs mois de délai, j’essaye maintenant de disserter sur cette phrase. Ce que je dis n’engage que moi, il ne s’agira même pas d’un débat philosophique, du genre « où commence l’accessoire, où finit le string ? ».
Bien commençons.
La photographie, qu’est-ce donc ? Parlons-nous de photographie argentique ou numérique ? Les deux recouvrent-elles les mêmes possibilités ?
S’agit-il d’un Art ? De l’objet ? Du sujet ? Nous prendrons le parti de n’exclure a priori aucun procédé permettant de fixer une image sur un support.
D’après Mike, donc, la photographie est carcérale (elle emprisonne), elle empêche l’image produite de se transformer dans le temps (évoluer) et de se déplacer dans l’espace (se mouvoir).
Ce n’est pas l’image qui est emprisonnée, l’image, c’est la prison elle-même.
Prenons comme exemple les nécessités du cadrage. Si celui-ci est serré, ou large, ou décalé, la prison aura des murs plus ou moins proches du sujet. Le cadrage laisse croire au spectateur de l’image ce qui a été décidé par le photographe : que le sujet, l’objet photographié, se prolonge, qu’il est dans un environnement particulier, qu’on nous cache des choses... La photographie emprisonne donc l’œil qu’elle vise dans une illusion dont celui-ci ne peut se sortir.
Le sujet est, de plus, figé dans une attitude qui ne reflète qu’un instant de sa vie (un deux cent cinquantième de seconde, en moyenne). Ce qui apparaît au final sur l’ « objet photographie » n’est pas toujours parfaitement conforme à ce qui a été photographié, il ne faut pas négliger les techniques modificatives propres au développement et au tirage, dans la photographie argentique : on utilise des temps d’exposition différents selon ce qu’on cherche à obtenir, des filtres qui accentuent ou estompent les contrastes, on influence donc ce qui au départ n’était qu’un instant. Quant aux possibilités de modifications des images numériques, je vous renvoie directement au blog de Mike, http://p9d.skyblog.com/. La photographie est un outil qui donne à l’artiste la possibilité de montrer à tous ce que lui seul a vu. Il enferme cet instant et ce regard particulier en le fixant sur un support.
Pour finir, les images changent, les pigments s’altèrent, lentement, à la lumière du jour, l’encre des tirages numériques s’affadit, tout passe, le papier lui-même jaunit, imperceptiblement... Et quand bien même l’objet photographique serait une prison figée... comme le disait Héraclite : « tout passe, tu n’entrerais pas deux fois de suite dans le même fleuve, non pas même une fois de suite ». Tout passe en effet, tu ne regarderais pas deux fois de suite la même photographie...
La photographie semble bien être une prison, mais peut-être pas celle qu’on croit. Qui est le geôlier ? Qui est la cellule ? Qui le prisonnier...?
Ode à Troudukhi (pauvre poème)
Troudukhi, dans la vraie vie, n’avait pas beaucoup d’amis.
Mike de Mike, le méchant philocratogéniste
Lui faisait croire qu’il était mauvais philosophiste.
Quant à Kriss, l’intrigante
Elle lui reprochait son nez en pente !
La moquerie assassine sans ordonnance était prescrite
Et la dose recommandée souvent dépassée.
Mets-tes-gouttes le mettait en doute
Laprofdephilo le trouvait vraiment pas beau
Vos-citations était tentée de lui envoyer des jurons
En représailles de ses attaques toujours en dessous du jupon
L’ironie, sans bornes, mon bon ami,
Laissait un mauvais goût de ranci à Troudukhi.
Ce pauvre poème sans amour ni haine
Plein de rimes bêtes et de mots rigolos
N’a d’autre but, avoué publiquement,
Que de mettre la sublime Wanda en avant.









